LES SYMBOLES DANS LA BIBLE

QU'EST CE QUE LA QABALAH -2

DES ÉCRITS ET DES HOMMES

A titre d'illustration, je vais donner un court aperçu des écrits essentiels et faire un résumé de la vie de quatre hommes qui ont ponctué l'histoire de la qabalah et qui vont vous permettre de vous faire une idée de son contenu concret.

Le livre d'H'énokh

Il existe trois documents portant ce titre et il sont tous liés à l'ascension d'H'énokh, personnage biblique qui a été enlevé dans le Ciel et qui serait devenu un ange. H'énokh est l'image du Juste qui a été enlevé du milieu des hommes, avant son heure, pour servir d'intermédiaire entre l'Eternel et les anges déchus. H'énokh serait devenu l'archange Métatron, l'ange instructeur qui veille au passage vers les Palais Célestes et qui donne le complément de formation à ceux qui tentent l'ascension.

H'énokh 1 est appelé le "livre éthiopien": on a trouvé à Qoumran des fragments en araméen, langue d'origine du texte qui fut traduit en grec, puis en éthiopien. Ce document apocalyptique aurait été écrit lors de la période de la destruction du deuxième Temple (1er siècle) et il aurait influencé les nombreuses sectes gravitant autour de la mer Morte et notamment les débuts de la chrétienté.

Ce livre comprend cinq parties distinctes traitant aussi bien de l'histoire d'Israël, de la trajectoire des astres que de l'apocalypse, du Jugement Dernier et du Messie. A travers des rêves et des visions, et par le biais du monde angélique, il utilise les symboles à profusion.

H'énokh 2 ou livre des secrets d'Hénokh est un livre apocryphe traduit du grec en slave au 10ème siècle et provenant sans doute d'une secte juive, sous influence zoroastrienne. Il a été écrit après la destruction du Temple de Jérusalem. Il raconte le voyage d'H'énokh sur les ailes des anges, à travers les sept ciels, et décrit les astres et les cohortes angéliques. Il est basé sur la légende de Mélchitsédek.

H'énokh 3 ou livre des Palais est un document en hébreu et en araméen, écrit sans doute entre le quatrième et le huitième siècle à Babylone, et donc postérieur aux deux précédents. Livre mystique, il décrit les univers des anges, en intégrant la tradition apocalyptique qui a suivi la destruction des deux Temples de Jérusalem et la tradition rabbinique. Ainsi le personnage antédiluvien H'énokh devient l'archange Métatron, Prince de la Face, serviteur du trône divin qui guide l'homme et lui donne la formation nécessaire pour une ascension extatique. Il empêche aussi les curieux qui n'ont pas un désir sincère de traverser les mondes angéliques. Dans le livre des Palais, Métatron décrit l'univers merveilleux des anges et des cohortes qui peuplent le monde intermédiaire. Ce livre a influencé la Qabalah du Moyen Âge et la mystique des siècles suivants.

"Sépher yetsirah", appelé "Livre de la Création", en fait il s'agit du "Livre de la Formation"

Ce livre étrange, au style obscur, solennel et laconique, aurait été écrit en hébreu entre le 3ème et le 8ème siècle, en Palestine, probablement par un dévot mystique. Ce juif aurait cherché à rallier des non juifs à sa spéculation, par le biais d'une cosmogonie et de considérations magiques et astrologiques. Certains exégètes attribuent cet ouvrage singulier au patriarche Abraham, seul nom biblique mentionné dans le texte.

Document le plus précoce de la pensée spéculative de la qabalah, il a été découvert en deux versions, dont l'une provient de la Guénizah (cachette de documents) du Caire au 19ème siècle. Cet ouvrage est très court et contient, selon les versions, 1300 ou 2500 mots (3/5p). Le premier chapitre traite des "séphirot" en tant que nombres. Le 2ème chapitre explicite les 22 lettres de l'alphabet, et les 231 doublets ou portes, associations des lettres deux par deux. Les chapitres 3 à 5 font le parallèle entre les différents types de lettres (mères, doubles ou simples) et l'espace, représenté par l'univers, le temps par l'année et l'individu par son âme. Le sixième chapitre a peu de relations avec les précédents et apparaît comme un commentaire et traite de la "galaxie, de la sphère et du coeur", idées qu'on retrouve dans le Bahir ou "livre de la Clarté". La version longue contient deux chapitres de plus faisant le lien entre les lettres, les mois de l'année, les signes du zodiaque, les astres et les organes humains. Il existe plus de cinquante commentaires de ce Livre, tentant d'élucider le sens caché d'un texte dense et énigmatique.

"Séfer Habahir" ou le livre de la Clarté

Livre le plus précoce de la qabalah stricto sensu, il se distingue par sa structure symbolique. Il se présente comme un cours sous forme de courtes paraboles ou récits, souvent obscur, mais écrit dans un langage poétique, avec de belles envolées et une grande exaltation spirituelle. Il n'y a pas d'ordre logique dans le texte qui semble provenir de sources différentes.

Cet ouvrage est apparu dans le sud de la France à la fin du 12ème siècle, sous une forme mutilée. Il est court et contient 12 000 mots (30p), traitant de la forme des lettres hébraïques, des signes de vocalisation et de cantilation, commentant de manière ésotérique des versets de la Bible, avec un langage symbolique et mystique, ayant des affinités avec la théorie gnostique des éons ou émanations divines.

La seule unité qu'on trouve dans le texte concerne les développements relatifs aux séfirot, qui ne sont plus des nombres ici, mais des attributs divins, des lumières, des forces ou des "mesures"(midot).

Le Zohar ou le livre de la Splendeur

Oeuvre maîtresse de la Qabalah, et écrit au treizième siècle, le Zohar comprend des commentaires, des homélies mystiques de la Bible et des discussions entre des Sages et des lettrés du premier et du deuxième siècle. Il s'agit d'une énorme compilation d'écrits et de propos transmis oralement sur plusieurs générations et réunis sous le nom de deux auteurs probables, Shiméo'n bar Yoh'ay, élève de Rabbi A'qiba, du milieu du deuxième siècle en Palestine et Moïse de Léon, du treizième siècle en Espagne.

Le Zohar comprend principalement des chapitres commentant les livres de la Genèse et du Cantique des Cantiques, dans un style et un contenu à la fois mystique et poétique, et mettant en oeuvre les attributs divins ou séphirot de l'Arbre de Vie, sans jamais les nommer. Il comprend de plus une vingtaine de livres annexes ou qui lui ont été attachés comme le livre du secret (Sifra dé Tséniouta), commentaire hermétique de la Genèse. Le Zohar contient aussi bien des envolées mystiques comme le traité des Palais (hékhalot) que des considérations sur la physionomie du visage ou sur la chiromancie (raza de razin) ou des explications sur les mystères des commandements de la Torah ("raa'ya méhemna" ou le berger fidèle c'est-à-dire Moïse). Un qabaliste, George Vajda, a écrit à propos du Zohar, ouvrage qui se reçoit et qui ne se raisonne pas, "le Zohar est l'œuvre du monde la mieux faite pour précipiter dans la déconfiture les analyseurs méthodiques et les metteurs en fiche".

Le Bahir et le Zohar ont été rédigés dans un mélange d'araméen et d'hébreu. Surtout depuis le Moyen Age, il est apparu des centaines de documents anonymes ou non, faisant partie de la qabalah, mais dont près de la moitié n'ont pas encore été traduits, même en hébreu moderne.

Rabbi A'qiba

Rabbi A'qiba est né en l'an cinquante d'une famille modeste de Judée. La légende rapporte qu'il était un berger appointé d'un éleveur de Jérusalem qui, ayant découvert l'amour que lui portait sa fille Rah'el, le mit à la porte. Totalement inculte et ennemi des lettrés, A'qiva commence néanmoins à étudier à l'Académie de Lod, sous l'impulsion de sa bienaimée Rah'el, qui en fait une condition pour l'épouser. Vers l'an 95, il est déjà maître, étudiant et enseignant à la fois à Yavné et à Bné Brak. Parmi ses élèves, il y a Shimeo'n bar Yoh'ay, l'un des grands maîtres de la Qabalah et l'un des auteurs supposés du Zohar. A'qiba consacre sa vie à soulager le pauvre et l'opprimé, avec une grande humilité. Attaché à son pays, il défend avec beaucoup d'enthousiasme, la révolte contre Rome, dirigée par bar Kokhba en 132. Enseignant la Torah ouvertement, malgré l'interdiction des autorités romaines, il meurt en martyr, torturé par ses geôliers en 135. Ceux-ci lui ôtent la peau de la chair à vif. La légende raconte que sa chair fut vendue sur les marchés.

Son enseignement porte sur les règles et les lois de la vie quotidienne, par l'interprétation des textes tirés de l'Ecriture. Il a largement inspiré la traduction araméenne du Pentateuque, le "targoum Onqelos". Son concept de base est que la Torah ne contient aucune redondance et que chaque lettre ou signe a un sens précis et un but déterminé, en particulier la particule "ét", signe de l'accusatif (de, à), l'alpha et l'oméga. Universaliste et libre de tout dogme et de toute philosophie, son enseignement prône que la raison d'être de tout homme est l'étude de la Bible, étude qui entraîne le retour à la pratique des rites, notamment quand ceux-ci sont oubliés, négligés ou empêchés. Attaché à sa terre, il s'est battu toute sa vie pour la justice, l'indépendance d'esprit et l'amour de l'autre. Le document appelé "alphabet de rabbi A'qiba" lui est attribué.

Aboulafia (Abraham ben Samuel)

Aboulafia est né en 1240 à Saragosse (Espagne). A la mort de son père, à vingt ans, il part en Palestine, à la recherche de la rivière mythique "Sambatyon", sur les rives de laquelle se seraient installées les dix tribus perdues. Il ne va pas plus loin que le port d'Acre, la région étant troublée par la guerre entre les croisés et les arabes. Aboulafia parcourt alors la Grèce, la Sicile, et l'Italie puis s'installe à Barcelone, où il croit avoir atteint un certain niveau d'"inspiration prophétique". A quarante ans, il réside à Capoue près de Rome, où il attire un large cercle de jeunes étudiants dont certains s'égarent, l'enseignement étant mal compris. Porté par une pulsion intérieure, il part à Rome rencontrer le pape Nicolas pour lui faire part de la misère du peuple juif et de la nécessité d'améliorer son sort. Il est aussitôt condamné à être brûlé vif et il ne doit sa survie qu'à la mort subite du pape. Relâché au bout d'un mois, il part à Messine où il produit deux oeuvres maîtresses "la Lumière de l'Intelligence" (or hasékhel) ou les mystères du tétragramme et "Le Trésor du Paradis caché", (Otsar E'den ganouz) autobiographie où il annonce une ère messianique, fixant même une date, 1290! La misère et les souffrances sont telles que certains juifs le croient et se préparent à émigrer. Traité de charlatan, par les pouvoirs juifs établis, il s'enfuit à Malte où il écrit "le Livre du Signe" (séfer ha-ot), écrit inspiré et prophétique, et "le Jardin Scellé" (gan naou'l), commentaire du Cantique des Cantiques. On a perdu sa trace après 1291.

La mystique extatique d'Aboulafia, dont le but est la communion avec le divin, est basée sur la raison, sur la contemplation des vingt deux lettres hébraïques et des dix séphirot et sur l'interprétation des mots par la méthode de la "guématrie". Elle exclut toute manipulation du nom divin qui ne soit basée sur la raison. La mystique d'Aboulafia est l'exemple de la qabalah extatique basée sur une gestuelle et une vocalisation particulière du nom divin. Joseph Gikatila est un de ses disciples.

Isaac Louria (1534-1572)

Qabaliste appelé "ari" ou le lion, Louria est un visionnaire qui a développé principalement des théories originales sur l'univers séphirotique et sur la transmigration des âmes qui, quoique complexes, ont atteint le cœur de gens ordinaires, parce qu'elles les déculpabilisaient du péché d'Adam, tout en leur donnant un espoir de perfectionnement dans cette vie ou dans d'autres. Marchand d'épices, il mène une existence ascétique en s'isolant pendant sept ans dans une île sur le Nil (Rowdah) qui appartenait à son oncle et beau père Francès, fermier général d'Egypte. Il crée à la fin de sa courte vie un cercle ésotérique à Safed où il prodigue un enseignement oral très vivant mais considéré comme secret, laissant peu de traces écrites (un commentaire d'une portion du Zohar, appelée, Sifra di Tséniouta). Il était incapable de transcrire sa pensée, trop dense et dépassant tout système écrit, donc rationalisé. Il prétendait recevoir des révélations du prophète Elie. Emporté par une épidémie de peste, son séjour à Safed ne dura que deux ans et certaines de ses allusions laissent penser qu'il croyait être le Messie, issu de Joseph, destiné à mourir lors de l'accomplissement de sa mission. Un de ses disciples, H'ayim Vital, se charge de rédiger la pensée du "Lion", à sa manière. Vital était persuadé que si son maître avait vécu assez longtemps, il aurait présidé en Messie, l'arrivée des Temps de la Rédemption, prévus à l'époque, pour l'an 1578.

Élève et maître du qabaliste Cordovero, Louria a laissé une théorie puissante et élaborée sur l'action divine dans la création et sur la transmigration des âmes, transcrite par son élève Vital dans deux livres qui font autorité, l'Arbre de Vie (é'ts h'ayim), encyclopédie spéculative et le livre des transmigrations, véritable anatomie de l'âme (séfer hagilgoulim).

Rabbi Moshé H'ayim Luzzatto dit Ramh'al (1707-1746)

Je vais m'étendre un peu plus sur ce qabaliste, le dernier qui ait produit des textes significatifs. Il est né à Padoue dans une famille riche et respectée. Le jeune Luzzatto reçoit une formation solide, à la fois religieuse, littéraire et scientifique. Génial et doué, il s'imprègne très tôt du Talmud et du Zohar et, à quatorze ans, il rédige une synthèse de l'enseignement de la qabalah de Louria. A dix sept ans, il rédige un traité de rhétorique concernant les règles qui régissent les différentes langues, puis un traité de logique, puis un autre ouvrage d'éthique et des poésies ainsi que des pièces de théâtre. A dix-neuf ans, il réunit un groupe de sept membres pour procéder à des expériences qabalistiques, afin de libérer la Présence divine des liens du Mal qui l'emprisonnent. Avec ses compagnons, ils mènent une vie ascétique pleine de ferveur et leurs spéculations ainsi que leurs "unifications" ont pour but d'accélérer la Rédemption. Les unifications sont des méditations ou des invocations des noms divins selon une méthode combinatoire contraignante, provoquant une forte concentration. Constitué de jeunes gens de grande valeur, ce groupe innovait en matière d'ascension extatique, mêlant le jeu et l'humour à des pratiques ancestrales enseignées par le maître Isaïe Bassan, un disciple de Louria.

Le jeune Luzzatto reçut à vingt ans des révélations d'un mentor céleste, appelé maguid, celui qui révèle par la bouche des secrets divins. Pendant trois ans, il écrit un nouveau Zohar, sous la dictée de ce mentor. Dès ce moment les réunions du groupe devinrent secrètes et chaque membre s'attribue un rôle particulier dans la Rédemption imminente. Un disciple de Luzzatto s'est vu comme Messie, issu de David, un ami intime se considérait comme le messie issu de Joseph, chef des forces armées qui allaient libérer Israël. Luzzatto était, lui, l'âme incarnée de Moïse qui allait sauver son peuple de l'Exil. Il est vraisemblable qu'il y a une part de jeu de rôles dans ce type d'attributions. Il est probable aussi que, confrontés à un phénomène apparemment paranormal, ils se soient pris au jeu et au sérieux, à la longue

Avant d'aller plus loin, il faut expliciter la notion de mentor céleste. Dans les temps bibliques, on parlait de révélation prophétique reçue lors d'un rêve ou d'une vision par le biais d'un ange. Pendant la période d'exil, ces révélations étaient peu fréquentes et on parlait plutôt de "bat qol", la fille de la voix, soit une voix intérieure qui exprimait un message venant de plus loin. Après l'expulsion des Juifs d'Espagne, on commence à parler de "maguid", d'un mentor qui annonce "Je suis descendu du ciel pour révéler les secrets du Saint Roi". Lors de séances où le sujet se concentre en penchant sa tête vers le bas, l'appuyant soit sur les genoux, soit entre les mains, le mentor débite des révélations à grande allure. Après une préparation longue et ardue et une vie d'ascèse et d'abstinences de toutes sortes, les exercices d'unification que pratiquaient le groupe devaient normalement déboucher sur des visions, du moins pour les sujets suffisamment préparés et aptes à recevoir l'information. Ce qui était le cas ici. Il est vraisemblable que Luzzatto n'était pas le seul à avoir des visions. Par contre, il était sans doute le seul à écrire sous la dictée d'un maguid des visions dont il partageait la substance dans les réunions d'études du groupe. Il a écrit automatiquement sous la dictée du mentor plus de trois mille pages pendant trois ans dont seulement cinq pour cent ont échappé à la destruction de ses détracteurs. Elles ont été publiées sous le titre français "les soixante-dix arrangements". Il est prouvé que Luzzatto était un individu sain d'esprit et d'une intelligence géniale. Ses visions sont le témoignage d'une grande lucidité.

Il semblerait que l'extrême sainteté d'un individu provoque une remontée d'une partie de son inconscient, qui prendrait dans ce cas une autonomie, en se scindant de son être et en s'exprimant librement. Sur le plan psychique, on parle d'un phénomène de condensation de l'inconscient dont le résultat est un être appelé "mentor" ayant sa propre identité et qui converserait avec le sujet, prenant sa voix.. Certains parlent d'anges. Pour Jung, il s'agirait d'un phénomène de "synchronicité", analogue à celui de la mécanique quantique, et qui serait l'expression soudaine et non probable, de l'expression d'un ordre caché de l'univers, qui apparaîtrait chez un individu apte à le recevoir, d'une manière ponctuelle et inattendue. Quand ce n'est pas une mystification, un "maguid" est comme un miracle, un phénomène extraordinaire.

Par une indiscrétion, le rabbinat de Venise est mis au courant des activités du groupe et, craignant la répétition de la folie messianique de Shabetay Zvi, demande à Bassan, maître de Luzzatto, d'intervenir pour mettre en sourdine ces agissements, d'autant plus que Luzzatto n'était pas marié à l'époque. De ce fait, il n'était pas considéré comme qualifié pour transmettre ses visions! Bassan commence par défendre son protégé, mais devant la levée de bouclier des rabbins de toute l'Italie, il doit céder et il récupère les écrits de son élève en lui interdisant de transcrire dorénavant des révélations. Luzzatto a alors vingt trois ans. Il se marie au bout d'un an. Mais la controverse continue à propos des activités occultes de son groupe et il doit partir. Il passe par Francfort où il demande la protection d'un ami de la famille. Contrairement à son attente, celui-ci l'oblige sous la menace à signer un serment de ne plus enseigner la qabalah en exil; il détruit même toutes les transcriptions des visions de Luzzatto que celui-ci avait réussi à emporter, sauf quelques dizaines de pages. Luzzatto part respirer un air plus frais à Amsterdam où il a la tranquillité d'esprit et il y écrit pratiquement toute son œuvre. Huit ans après, à trente six ans, il émigre en Terre Sainte, pour échapper au serment de ne plus enseigner, mais il meurt de la peste avec toute sa famille au bout de trois ans, à Acre. Il laisse une œuvre conséquente et considérable.

La pensée centrale de ce qabaliste tourne autour de l'idée que l'esprit dans l'âme humaine se dégrade de génération en génération. D'après lui, les "âmes anciennes" étaient plus élevées, plus proches du divin. La connaissance secrète était connue de tous aux premières générations. Les prophètes auraient réussi à renouveler cette connaissance, mais depuis, le voile s'est épaissi et l'ignorance a envahi le cœur de l'homme qui s'avilit dans la matière et dans le mal. Mais il reste une parcelle d'infini dans l'homme, un souffle divin caché. Le travail initiatique a pour but de le faire ressortir et de l'élever. D'après Louria, il faut de nombreuses vies successives pour y parvenir. Consommer l'Arbre de Vie, c'est se débarrasser du joug de l'ignorance, en être délivré et atteindre la connaissance suprême. Luzzatto aurait atteint un niveau élevé de conscience, au niveau des anges, ce qui expliquerait "la voix qui parlait en lui".

 

Albert SOUED 5-4-2000

Voir 3ème partie: De l'Arbre de Vie à la Shékhina

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